Ailleurs : chemin de l’enfer ou paradis !

Le service public ferroviaire français est en passe d’être chamboulé. Ici les trains sont en retard ou remplacés par des bus, les tarifs changeants, les rames vieillottes, les horaires pas concordants et la ligne de Die menacée de suppression. Quelle direction pourrions-nous suivre ? Regardons chez nos voisins.

Enfer : le traintrain néolibéral britannique

Il fut un temps où l’on avait du plaisir à voyager en train au Royaume-Uni. C’était il y a plusieurs décennies. Depuis, Thatcher et Blair ont brisé les syndicats cheminots et ensuite privatisé le rail. Et c’est unecatastrophe ! Une partie de la population réclame même sa renationalisation.
Une vingtaine de compagnies se partagent le rail outre-manche outre Railtrack, l’opérateur historique : Deutsche-bahn, Véolia, SNCF, … et leurs comportements donnent une idée assez précise de ce qui se mijote pour ici. C’est la politique du moindre coût : pression sur les salaires, normes de sécurité minimales, sous-traitance massive, dysfonctionnements fréquents, accidents mortels…
Cela engendre une ségrégation territoriale criante : les gares de proximité en pâtissent et ferment définitivement, on y regarde passer des trains qui ne s’y arrêtent plus. Le rail britannique a plusieurs vitesses, comme en France mais en pire… La notion de service public a disparu.
Certaines lignes ont été abandonnées, d’autres ont leur temps de trajet qui ne cesse d’augmenter (mais ça on connaît ici) tandis que les lignes très fréquentées sont surchargées et chères ! Chères pour les « clients » (peut-on encore parler d’usagers?) puisque parfois le prix du billet a été multiplié par 6, l’équivalent de 2 mois de salaire pour un abonnement de travail ; et chères pour l’État qui n’en finit plus de renflouer l’opérateur réseau pour des travaux d’urgence faute de vision à long terme… ça ne fait pas rêver !

La Suisse n’est pas une exception qu’en matière de fiscalité, de fromages ou de tennis, son train est l’un des meilleurs au monde.
Le pays est petit, montagneux, un peu comme une région française, au hasard AuRA (Auvergne Rhône-Alpes). Le choix du rail a été fait dans la décennie 1970. Les routes, ça prend de la place dans les vallées et ça pollue : pas de développement autoroutier depuis cette époque.
La Suisse s’est donnée les moyens financiers nécessaires (taxe sur les poids lourds, l’essence, création d’une réserve financière spécifique …) et le consensus s’est formé peu à peu (votations, collèges d’usagers) : une culture du train s’est installée. Les Suisses acceptent de payer leur train puisqu’il fonctionne bien, des offres tarifaires nationales sont proposées et 50% des Suisses ont un abonnement !
L’État fédéral part du principe que chacun doit avoir accès au train : un lieu de 100 habitants doit être desservi ; à partir de 32 usagers/jour, un minimum de 4 allers/retours est imposé ; à partir de 500 la cadence horaire est la norme. Les trains sont donc partout, réguliers, très-très ponctuels et confortables. On privilégie l’efficacité à la vitesse.

Paradis : La mobilité sans voiture helvétique

La productivité de la SNCF est deux fois moindre que celle de la CCF (opérateur historique Suisse). En France, la gestion est pyramidale, intégrée. En Suisse la CCF cohabite avec d’autres opérateurs mais peu importe, c’est l’exigence fédérale de service public qui gouverne : les décisions sont partagées, décentralisées, adaptées au territoire et évaluées : si un opérateur ne satisfait pas ces hautes exigences, le marché lui est retiré (reste que la compétitivité ne doit pas se faire au détriment des salaires…). Ainsi les lignes de proximité ne sont pas délaissées au profit des lignes à grande vitesse, les interconnexions sont recherchées, les gares entretenues et vivantes…

Et tout ça, ils peuvent se le payer parce qu’ils sont riches les Suisses ? Non, par habitant cela revient moins cher qu’en France…